Interprétariat Interculturel Les 25 langues de la Croix-Rouge

« Une tour de Babel organisée à Luxembourg »

Le service d’interprétariat interculturel permet aux médecins ou administrateurs de demander des services de traduction à moindres frais. Fondé par Asti en 2008, le service est aujourd´hui assuré par la Croix-Rouge. Avec plus de mille demandes annuelles, il connait un vif succès. Grâce à l’Œuvre, des interprètes peuvent être formés sur place.

« Vous avez une métastase à l´orifi ce de l´utérus », annonce le docteur à la femme serbe. Elle ne parle pas français, ni anglais, ni luxembourgeois. Cherchant de l´aide, elle se tourne vers son fils de dix ans. Il parle un peu français. Mais ces termes-là lui sont inconnus. Le gynécologue ne parle pas un mot de serbe. Que faire ?

« Cette situation est typique et c’est là où notre service peut vraiment aider », explique Laura Zuccoli. La présidente d’Asti a eu l´idée de former des interprêstes en 2008. « Cette idée existait déjà dans les pays anglophones, ainsi que chez nos voisins allemands, français ou suisses », dit-elle. « Chez Asti, nous fonctionnons comme un laboratoire d’idées. Une fois qu’elles marchent, on les cède. » Depuis 2013, le service d’interprétariat interculturel est assuré par la Croix-Rouge luxembourgeoise.

Edel Alvarez, qui l´a accompagnée depuis le début, travaille aujourd´hui pour la Croix-Rouge et s´occupe des interprètes. Elle connait bien le concept. En 2008, elle a fait intervenir un service de formation de Strasbourg pour former, à Luxembourg, environ 40 interprètes pendant 50 heures. Pour accéder à cette formation, ils doivent avoir un niveau baccalauréat. Les interprètes pratiquent des langues aussi différentes que l’Ewé, parlé au Togo, ou le Dari d’Afghanistan. « Mais la plus grande demande est rapidement venue des pays de l’ancienne yougoslavie », observe Madame Alvarez. Les langues bosniaque, croate, monté négrine ou serbe sont très demandées. En 2012, ils ont été sollicitées plus de 650 fois !

Le service d´interprétariat interculturel propose 25 langues différentes. A l’origine, le service était gratuit grâce à l’aide européenne. « Aujourd´hui, il coûte 40 euros de l’heure, plus les frais de transports », explique Madame Alvarez. La demande est énorme. De 2011 à 2012, il y a eu 1800 demandes dont plus de mille ont été réellement réalisées. La plus grande part des demandes provient des services médicaux, de l´administration et du secteur social.

En dehors des langues de l’ancienne yougoslavie, le Portugais est également très demandé. « Ce sont souvent des gens qui arrivent du Portugal », explique Madame Alvarez. Au lieu de demander à leurs enfants ou voisins, ils préfèrent ce service qui respecte le secret professionnel et la neutralité. « quand il s’agit de questions de santé ou d’histoires de guerre, mieux vaut laisser les enfants en dehors », souligne Madame Alvarez. Les interprètes sont facilement joignables : en cas d´urgence au 27 55 36 10 pour une traduction par téléphone. Les rendez-vous planifi és peuvent être demandés via internet : www.bienvenue.lu
www.croix-rouge.lu/formulaire-de-demande-dun-interprete

L’interprétariat interculturel a coûté 90.000 euros en 2012. L’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte y a contribué pour 25.000 euros. « Ils ont été utilisés pour former les interprètes, leurs formateurs ainsi que pour financer une partie des interventions », explique Madame Zuccoli. « Sans l’Œuvre, nous n´aurions pas pu former nos gens sur place » ajoute Madame Alvarez: « Au lieu de faire venir les formateurs de Strasbourg, nous les formons maintenant nous-mêmes. C’est moins cher et plus souple. » La tour de Babel luxembourgeoise est bien organisée et maitrisée.